C’est lorsque vous avez chaussés vos pantoufles que vous rêvez d’aventure. En pleine aventure, vous avez la
nostalgie de vos pantoufles. (Thornton Wilder – romancier américain)
10h40 : Mon train quitte Gap sous le soleil. Passage sous les sommets enneigés du pic de Bure. Un beau week-end s’annonce.
14h45 : Arrivée Lyon Part Dieu. Quais surchargés, métro fermé, il faut s’adapter. Comment regagner Gerland et ses navettes
pour Saint-Étienne?
Monter dans un tram bondé vers une destination inconnue, enfourcher un vélo le sac sur le dos ?
Tant pis, je me résigne à prendre un taxi qui m’allège d’un petit billet de 20.
Encore un billet de 10 et je prends la dernière place du premier car pour Sainté. Impression désagréable de monter
dans une bétaillère, direction l’abattoir.
16h15 : Arrivé sur place je suis naturellement attiré par l’élection de miss gros pis 2009, le boeuf que je suis s’égare dans la
foire agricole du premier hall d’exposition. Un gentil paysan m’oriente dans la bonne direction : « les coureurs c’est derrière, ici y a que des vaches. »
16h30 : Dossard 6714 en main, puce validée, je m’installe tranquillement dans un hall encore bien vide. Petit matelas, coussin
gonflable, bouchons anti-bruits et buff kikou sur les yeux : la sieste entamée dans le train peut se poursuivre.
19h00 : Dernier repas, je ne suis plus seul dans mon coin, nouvelle sieste (j’ai passé plus de la moitié du WE couché : la
course à pieds, un sport de fainéants…)
22h30 : J’ouvre un oeil et deux oreilles, le speaker nous prédit un temps clément pour la nuit. Je sors pour
vérifier avant de choisir ma tenue pour la nuit (pyjama ou caleçon ?)
Dehors IL PLEUT ! Mais rien de bien méchant et il ne fait pas très froid. Je
décide même de remplacer mon sac à dos par une ceinture porte bidons qui devrait suffire tout en étant plus légère et pratique dans la bousculade des ravitos.
23h00 : Dépôt de mon sac dans un bus à destination de Lyon (Et si je passais discrètement la nuit avec eux ? Bof,
perspective peu excitante que de raconter ma nuit avec mille sacs…)
00h00 : je préfère la luxure d’un bon 69 km qui devrait réussir à me tenir éveillé toute une nuit. Et oui, sur la Saintélyon, pas
de plaisirs solitaires. Nous sommes prêt de 5000 à nous élancer pour une aventure qui s’annonce plus épique que torride.
C’est donc Pierre Corneille et son Cid plutôt que Marc Dorcel et ses Coureuses de la nuit qui nous accompagnerons
au court de cette saga.
Sous moi donc cette troupe
s'avance,
Et porte sur le front une mâle assurance.
Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient leur courage!
(Le cid – Corneille)
Notre troupe s’avance tout d’abord sur 9km de bitume ayant pour seul intérêt de nous mettre en jambes et d’étirer le peloton.
Une heure, les pieds dans la boue, nous
plongeons brusquement dans
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles (Le cid)
Spectacle magique lorsque je me retourne, un serpent lumineux s’échappe de la ville.
St Christo en Jarez :
01 :49 :49 - 2282ème - 8,47km/h
C’est avec 10 secondes d’avance sur mes prévisions que je passe au premier ravito. J’attrape quelques biscuits au vol et c’est reparti
avec 7 minutes d’avance sur 2008.
Je poursuis l’ascension vers Moreau sur mon rythme de fantassin.
Les premiers relayeurs, lancés au galop, déboulent sur notre gauche.
Moreau : 02 :38 :47 - 2157ème - 8,16km/h
125 places de gagnées en quelques 6 kilomètres. Le point culminant est atteint. La portion qui s’annonce, sentiers plus
ou moins techniques et longue descente glissante vers Ste Catherine est le premier moment de vérité. L’an dernier, euphorique, j’y avais laissé mes cuisses et mes illusions chronométriques. Ne
pas s’emballer.
Le trop de confiance attire le danger (Le
cid)
Ste Catherine : 03 :22 :22 – 1832ème - 8,06km/h
Encore 325 places de gagnées. 8 minutes d’avance sur le plan, 12 de mieux qu’en 2008. Me suis-je encore enflammé ? Ai-je pris
trop de risques sur cette portion accidentée et boueuse ?
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. (Le cid)
J’ai pourtant l’impression d’être toujours aussi régulier dans l’effort. Un véritable petit diesel sans turbo…
Une nouvelle portion ardue se profile dans les halos de nos frontales, la glissante descente du bois d’Arfeuille s’annonce.
4 heures du matin, au cœur de la course nous sombrons dans les ténèbres...
O combien d'actions, combien d'exploits célèbres
Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres. (Le cid)
St Genoux : 04 :33 :47 – 1766ème –
7,93km/h
66 petites places de gagnées dans cette longue plongée. Soudain, des lumières sur notre gauche : le ravitaillement.
Bouffée d’oxygène dans la chaleureuse grange qui sert de point de ralliement. Envie de s’allonger dans la paille. Quelques âmes en
peine errent, regards hagards. Fuir avant d’être gagné par la torpeur. Courir, courir toujours plus loin. Dans la longue et régulière descente vers Soucieu, ne pas se laisser gagner par l’ennui
qui la nuit, nuit.
Trouver des pensées positives :
C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. (Edmond
Rostand)
Soucieu : 05 :34 :21 – 1579ème – 8,08km/h
Encore 187 places de mieux dans cette cavalcade vers la 45ème borne. Plus que 24 ou encore 24 ? La réponse est proche.
L’an dernier, commencement des soucis à Soucieu. Suis-je mieux préparé cette année ? J’ose le croire.
On est toujours trop prêt quand on a du courage. (Le cid)
Les cuisses ne crient pas misère dans la raide plongée vers le Garon. Quelques marches pour franchir le pont, un grand bond en avant pour moi. Dans le raidillon qui suit, le faisceau de ma
frontale illumine la fumée blanche de mon haleine. Impression de m’élever dans un brouillard ouaté et lumineux. Je ne serais pas surpris de croiser un ange au sommet.
Pas de miracles, je redescend de mon nuage et commence à ressentir douleurs et lassitude après la rude sortie du parc de Chaponost.
Encore 15 longs kilomètres…
Beaunant : 07:01:05 – 1389ème – 8,05km/h
Encore 190 places de gagnées dans un dernier baroud d’honneur. De nombreux braves ont dû sombrer sur ce tronçon.
Terrible montée de Ste Foy, plus la force de rugir en entrant dans Lyon. Chemin de croix vers Fourvière que nous ne verrons même pas,
descente pavée d’embûches.
Eglise St Georges : 07:56:53 – 1389ème – 7,90km/h
17 places de mieux, dernier sursaut d’orgueil. La platitude des 5000 derniers mètres m’achève. Interminables quais du Rhône, la mer se
rapproche, impression d’entendre les cigales. Il est temps d’en finir.
Virage à gauche, dernière ligne droite, encore 100 mètres, 75, 50, 25…
Et le combat cessa faute de combattants. (Le cid)
Palais des sports de Gerland : 08:33:05 (8 :30 :47 en temps réel) – 1412ème –
7,95km/h
Voilà, c’est fini, une heure de gagnée sur 2008, un beau maillot vert à l’arrivée, des souvenirs plein la tête mais 40 places de
perdues dans les derniers instants, une « Sainté de bronze » envolée pour quelques secondes et des jambes endolories pour les trois jours à venir.
Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse. (Le cid)
Petit retour chiffré sur ma seconde Saintélyon :
Objectif : finir en
moins de 9h00 contre 9h30 en 2008.
Changement de tactique pour y parvenir : l’an dernier, c’était tout doucement dans les montées et à fond dans les descentes (les
premières seulement, car à la fin c’était tout explosé dans les cuisses et tout doucement tout le temps.)
Cette année, le maître mot : la REGULARITE. Toujours courir (ou presque), ne jamais dépasser le 10km/h et stabiliser
ma moyenne à 8km/h. Je me suis entraîné pendant 8 semaines à 8km/h pour finir dans les 8 heures (La règle des trois huit…).
Voici le résultat :
|
|
Distance
|
Temps
|
Km/h
|
Clt Général
|
Clt V1H
|
|
StE - St Christo
|
15,5
|
1:49:49
|
8,47
|
2282
|
821
|
|
St Christo - Mornand
|
6,1
|
0:49:36
|
7,38
|
|
|
|
StE - Mornand
|
21,6
|
2:38:47
|
8,16
|
2157
|
776
|
|
Mornand - Ste Cath
|
5,7
|
0:43:35
|
7,85
|
|
|
|
StE - Ste Cath
|
27,2
|
3:22 :22
|
8,06
|
1832
|
667
|
|
Ste Cath - St Genoux
|
9
|
1:11:25
|
7,56
|
|
|
|
StE - St Genoux
|
36,2
|
4:33:47
|
7,93
|
1766
|
646
|
|
St Genoux - Soucieu
|
8,8
|
1 :00 :34
|
8,72
|
|
|
|
StE - Soucieu
|
45
|
5 :34:21
|
8,08
|
1579
|
590
|
|
Soucieu - Beaunant
|
11,6
|
1:26:44
|
8,03
|
|
|
|
StE - Beaunant
|
56,5
|
7:01:05
|
8,05
|
1389
|
526
|
|
Beaunant - Lyon
|
6,2
|
0:54:48
|
6,79
|
|
|
|
StE - Lyon
|
62,8
|
7:56:53
|
7,90
|
1372
|
512
|
|
Lyon - Gerland
|
5,2
|
0:36:12
|
8,62
|
|
|
|
StE - Gerland
|
68
|
8:33:05
|
7,95
|
1412
|
521
|